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Aigle criard (Aquila clanga)
Fig. 1 - Mark Zekhuis (Saxifraga)
Fig. 1

Aigle criard, Aquila clanga (Pallas, 1811)

Synonyme : Grand Aigle criard

Classification (ordre, famille) : Accipitriformes, Accipitridés

Description de l’espèce

L’Aigle criard est un rapace d’assez grande taille, trapu, très sombre, paraissant presque noir de loin et à la queue courte.

L’adulte est entièrement brun sombre, légèrement plus clair à la tête, sur le manteau et les couvertures sus-alaires. On distingue sous l’aile une tache blanche souvent en forme de croissant à la base des rémiges primaires externes. Une zone blanche ou jaunâtre en demi-cercle située au niveau des sus-caudales commune à d’autres espèces d’aigles est également présente chez la plupart des individus (caractère non systématique) (GEROUDET, 2000 ; GENSBØL, 2005). Des variations de plumage existent avec des oiseaux beaucoup plus clairs. Les pattes emplumées sombres contrastent avec les doigts jaunes. Le bec assez fort noirâtre et la cire jaune se remarquent de loin. L’iris est toujours brun. L’acquisition du plumage adulte se situe à l’âge de 4 ou 5 ans (GENSBØL, 2005). Les deux sexes sont semblables.

Le juvénile porte un plumage noir brun à reflets cuivrés plus ou moins fortement marqué de taches blanches de taille variable, très visibles en vol ou posé. Ces taches forment plusieurs lignes blanches le long des couvertures alaires. A l’instar des adultes, les livrées des juvéniles et des immatures peuvent être très variables. Les juvéniles les plus clairs de la forme dite « fulvescens » (rare) arborent un plumage blanc jaunâtre sur tout le corps et les ailes, excepté les rémiges et la queue qui sont quasiment noires.

En vol, l’allure est typique des aigles avec des ailes longues, larges (surtout chez l’adulte) et digitées.

La mue complète de l’adulte, longue et progressive s’étale d’avril à décembre. Celle des juvéniles et des immatures se situe à la même période.

L’espèce est vocalement discrète, excepté en période de reproduction et lors de regroupements de plusieurs oiseaux sur des sites d’hivernage. On distingue des cris aboyés, profonds, émis environ toutes les demi-secondes et des sons plus doux et mélodieux ressemblant à un grelot (CRAMP et al., 1998).

Longueur du corps : 59 à 69 cm. Poids : 1 600 à 3 200 g.

Difficultés d’identification (similitudes)

L’Aigle criard peut être facilement confondu avec l’Aigle pomarin (Aquila pomarina), rapace d’occurrence rare en France. La coloration nettement plus claire du Pomarin en tous plumages, présentant notamment sur le dessus un fort contraste entre les couvertures alaires claires et les rémiges sombres est le principal critère distinctif.

Répartition géographique

De distribution paléarctique, l’Aigle criard est une espèce monotypique dont l’aire de reproduction s’étend de l’est de la Pologne à l’océan Pacifique, entre 45° et 60° de latitude Nord (DUBOIS et al., 2000). Des populations isolées occupent le nord de l’Iran et la moitié nord de l’Inde (DEL HOYO et al., 1994).

Migrateur au long cours, il hiverne principalement autour de la Méditerranée orientale, en Afrique du Nord-Est et de l’Est, au Pakistan, en Inde, ainsi qu’en Asie méridionale (DEL HOYO et al., 1994). L’espèce hiverne également en faible nombre dans les pays du sud de l’Europe, y compris en Russie.

En France, l’Aigle criard est un migrateur et un hivernant rare. La majorité des observations proviennent des sites d’hivernage de Camargue, des Landes et de Moselle (FRANCOIS, 1992). D’autres départements de la façade atlantique et de la région Centre sont irrégulièrement visités.

Ecologie

L’Aigle criard fréquente préférentiellement de vastes zones humides peu dérangées, riches en nourriture et comportant une forte proportion de boisements situés à proximité ou à l’intérieur même de ces zones humides. L’habitat optimal pour la reproduction est constitué de forêts entrecoupées de lacs ou d’étangs, de prairies, de landes et de marais. Les cours d’eau bordés de grands massifs boisés sont aussi très recherchés. La proximité de l’eau semble quasi systématique.

Les montagnes sont habituellement évitées, sauf localement où la reproduction est connue jusqu’à 1 000 m d’altitude (DEL HOYO et al., op. cit.). En France, des habitats identiques apparaissent privilégiés au cours des séjours hivernaux bien que leur taux de boisement puisse parfois y être plus faible, comme en Camargue. 

Comportements

Les premiers migrateurs sont notés vers la mi-septembre. Les rares hivernants présents sur le territoire national arrivent surtout en novembre et séjournent jusqu’en mars, parfois plus tard en avril ou mai. Quelques oiseaux semblent revenir chaque année sur les mêmes sites.

Observé le plus souvent isolément, le criard fraîchement de retour sur son lieu d’hivernage reprend ses habitudes. Son quotidien consiste en de longues stations sur des perchoirs traditionnels, interrompues par des séances de chasse sur place ou à distance de la zone de remise qu’il regagne systématiquement le soir.

L’espèce utilise trois modes de chasse : l’affût en bordure de plans d’eau, la chasse en vol ou en marchant (GENSBØL, op. cit.). La capture des oiseaux d’eau ou la recherche de cadavres sont le plus couramment observées.

Le retour sur les sites de reproduction a lieu entre le 20 mars et la fin avril, dans le cas de la Pologne.

Reproduction et dynamique de population

Les couples d’aigles toujours solitaires entament leurs vols nuptiaux dès l’arrivée sur les sites de reproduction, suivis rapidement de la construction d’une nouvelle aire ou du rafraîchissement d’un ancien nid qui peut être utilisé plusieurs années de suite. L’aire est placée généralement dans un gros arbre feuillu ou résineux à une hauteur de 8 à 15 m (extrêmes : 3 et 25 m). Construit par les deux sexes, le nid d’un diamètre de 75 à 110 cm se compose de branches et de brindilles garni de feuillage vert et d’herbes.

La ponte de 2 œufs (1 à 3) est déposée généralement au cours de la première quinzaine de mai. La couvaison exclusivement assurée par la femelle dure 42 à 44 jours.

L’envol des jeunes se situe à l’âge de 2 mois environ et ceux-ci restent avec leurs parents encore 20 à 30 jours (MACIOROWSKI, 1996).

Des études menées en Russie sur 43 pontes mettent en évidence un succès à l’envol de 0,67 jeune par nid (CRAMP et al., 1998). La première reproduction intervient à l’âge de 4 ou 5 ans.

Régime alimentaire

Le régime alimentaire de l’Aigle criard, essentiellement carné, apparaît varié. Le choix du menu dépend largement des ressources locales, de leur abondance et de la saison.

Sur les lieux de nidification, en Russie par exemple, le régime se compose de 60 % de petits mammifères, surtout des campagnols des champs (Microtus arvalis), et de 35 % d’oiseaux (poussins de Corbeaux freux Corvus frugilegus et de Hérons cendrés Ardea cinerea, des Rolliers Coracias garrulus, des pics, des tourterelles Streptopelia sp., des mouettes Larus sp., des canards Anas sp., etc…). Des grenouilles et des serpents sont régulièrement consommés, accessoirement des poissons, insectes et écrevisses.

Dans les quartiers d’hiver européens, l’espèce montre des tendances nécrophages en recherchant activement des cadavres d’oiseaux, de mammifères et de poissons. La capture d’anatidés, de foulques Fulica sp., de gallinacés et localement de lapins de garenne Oryctolagus cuniculus représente également une part importante du régime à cette période (KAYSER in ROCAMORA & YEATMAN-BERTHELOT, 1999 ; CRAMP et al., op. cit.).

Habitats de l’Annexe I de la Directive Habitats susceptibles d’être concernés

3130 - Eaux stagnantes, oligotrophes àmésotrophes avec végétation du Littorelletea uniflorae et/ou du Isoëto-Nanojuncetea (Cor. 22.11x(22.31&22.32)

3140 - Eaux oligo-mésotrophes calcaires avec végétation benthique à Chara spp. (Cor. 22.12x22.44)

3150 - Lacs eutrophes naturels avec végétation du Magnopotamion ou de l’Hydrocharition (Cor. 22.13 x (22.41 et 22.421))

3260 - Rivières des étages planitiaire à montagnard avec végétation du Ranunculion fluitantis et du Callitricho-Batrachion (Cor. 24.4)

3270 - Rivières avec berges vaseuses avec végétation du Chenopodion rubri et du Bidention (Cor. 24.52)

3280 - Rivières permanentes méditerranéennes du Paspalo-Agrostidion avec rideaux boisés riverains à Salix et Populus alba (Cor. 24.53)

6410 - Prairies à Molinia sur sols calcaires, tourbeux ou argilo-limoneux (Molinion caeruleae) (Cor. 37.31)

6430 - Mégaphorbiaies hygrophiles d'ourlets planitiaires et des étages montagnards à alpin (Cor. 37.7 & 37.8)

6440 - Prairies alluviales inondables du Cnidion dubii (Cor. 37.23)

9160 - Chênaies pédonculées ou chênaies-charmaies subatlantiques et médio-européennes du Carpinion betuli (Cor.41.24)

91E0*- Forêts alluviales à Alnus glutinosa et Fraxinus excelsior (Cor. 44.3, 44.2 et 44.13)

91F0 - Forêts mixtes à Quercus robur, Ulmus laevis, Ulmus minor, Fraxinus excelsior ou Fraxinus angustifolia, riveraines des grands fleuves (Ulmenion minoris) (Cor. 44.4)

92A0 - Forêts-galeries à Salix alba et Populus alba (Cor. 44.141 et 44.6)

Statut juridique de l’espèce

Espèce protégée en France (articles 1 et 5 de l’Arrêté du 17 avril 1981, modifié le 25 juillet 1999), inscrite à l’Annexe I de la Directive Oiseaux, aux Annexes I et II de la Convention de Bonn, en Annexe II des Conventions de Berne et de Washington et à l’annexe A du Règlement CEE/CITES.

Présence de l’espèce dans les espaces protégés

Les rares oiseaux hivernant en France fréquentent essentiellement des espaces protégés à forts statuts réglementaires (RN de Camargue et réserve de chasse de St Martin de Seignanx). D’autres sites de stationnement occasionnel de l’espèce ont été désignés en ZPS, dont l’étang de Lindre en Lorraine.

Etat des populations et tendances d’évolution des effectifs

La taille de la population mondiale de l’Aigle criard n’est pas connue avec précision, mais estimée à quelques milliers d’individus (DEL HOYO et al., op. cit.). Son statut de conservation est actuellement considéré comme vulnérable au niveau mondial (BIRLDIFE INTERNATIONAL, 2007).

En Europe, Russie incluse, les estimations relativement précises donnent un effectif compris entre 810 et 1 000 couples nicheurs. La Russie et la Biélorussie accueillent le plus grand nombre d’oiseaux avec respectivement 600-800 couples et 150-200 couples (BIRLDIFE INTERNATIONAL, 2004). La Pologne, l’Ukraine et l’Estonie, les seuls autres pays fréquentés par l’espèce ont des populations qui ne dépassent pas 50 couples.

L’espèce est considérée comme en danger en Europe, compte tenu de la taille réduite de la population et de son déclin continu depuis les années 1970, notamment en Russie et en Ukraine (BIRLDIFE INTERNATIONAL, 2004). Les causes de ce déclin sont la destruction ou la modification des habitats de reproduction, en particulier le drainage des zones humides (GALUSHIN in TUCKER & HEATH, 1994) et l’exploitation intensive des massifs forestiers. Les dérangements humains répétés liés à l’exploitation forestière ou à toute autre activité, surtout en période de ponte et d’incubation constituent une menace chronique. Le tir des adultes et le dénichage ont également contribué à son déclin dans les pays de l'est de l'Europe.

La Francese situe en limite d’aire et accueille une population hivernale marginale, limitée à moins de 10 oiseaux chaque année,en Camargue, dans les Landes et en Moselle (DUBOIS et al., op. cit., KAYSER in ROCAMORA & YEATMAN-BERTHELOT, op. cit. ; ISENMANN, 1993).

Menaces potentielles

Sur les sites d’hivernage français, les oiseaux bénéficient d’une relative tranquillité, mais ils sont exposés à des risques lors de leurs déplacements entre ces sites (KAYSER in ROCAMORA & YEATMAN-BERTHELOT,op. cit.). Les risques de collision et d’électrocution sur les lignes électriques de haute et moyenne tension représentent une menace bien réelle. L’implantation en grand nombre de parcs éoliens actuels et futurs constitue une nouvelle menace pour l’espèce en Europe.

La sensibilité de l’Aigle criard aux polluants de diverses origines (agricole, industrielle, saturnisme…) est suspectée dans le plan d’action international (MEYBURG et al., 2001). Ces problèmes de contamination sont en revanche mieux connus chez d’autres espèces d’aigles dont l’impact a été prouvé (KOIVUSAARI et al., 1980) et peut s’avérer critique chez les espèces charognardes comme l’Aigle criard.

Proposition de gestion

Le maintien de l’hivernage de l’Aigle criard en France dépend surtout de la dynamique des populations nicheuses de l’est de l’Europe et de Russie. Les mesures de gestion favorables à l’espèce dans les zones de nidification sont décrites dans le plan d’action international (MEYBURG et al., 2001).

Certaines mesures, comme la protection de vastes complexes de zones humides avec des boisements à proximité permettant d’assurer la quiétude des oiseaux et l’abondance de nourriture, ainsi que la limitation, voire la non-utilisation, des produits phytosanitaires, peuvent être appliquées sur les sites de stationnement ou d’hivernage réguliers (KAYSER in ROCAMORA & YEATMAN-BERTHELOT, op. cit. ; MEYBURG et al., 2001).

Etudes et recherches à développer

Compte tenu de la rareté de l’espèce en France, peu d’études sont envisageables, excepté sur l’écologie alimentaire et sur l’éthologie des oiseaux hivernants en Camargue et à Saint-Martin-de-Seignanx (Landes). Des recherches sur la biologie de reproduction et la dispersion juvénile semblent aussi pertinentes dans les pays de l’est de l’Europe, ainsi que des études toxicologiques.

Bibliographie

BIRDLIFE INTERNATIONAL (2004).- Birds in Europe : population estimates, trends and conservation status. BirdLife International (BirdLife Conservation Series n° 12). Cambridge, UK. 374 p.

BIRDLIFE INTERNATIONAL (2007).- Species factsheet: Aquila clanga. Downloaded from http://www.birdlife.org on 3/3/2008.

CRAMP, S.L., SIMMONS, K.E.L., SNOW, D.W. & PERRINS, C.M. (1998).- The Complete Birds of the Western Palearctic on CD-ROM. Version 1.0 for PC, 1998. Oxford University Press. London, UK.

DEL HOYO, J., ELLIOTT, A. & SARGATAL, J., Eds (1994).- Handbook of the Birds of the World. Volume 2: New World Vultures to Guineafowl. Lynx Edicions, Barcelona. 638 p.

DUBOIS, Ph. J., LE MARECHAL, P. OLIOSO, G. & YESOU, P. (2000).- Inventaire des oiseaux de France. Avifaune de la France métropolitaine. Nathan, Paris. 400.

FRANCOIS, J. (1992).- Observation sur la présence hivernale de l'aigle criard (Aquila clanga) en Moselle. Ciconia, 16 (3) : 117-125.

GENSBØL, B. (2005).- Guide des rapaces diurnes. Europe, Afrique du Nord et Moyen-Orient. Les Guides du Naturaliste Delachaux & Niestlé. Paris. 403 p.

GEROUDET, P. (2000).- Les Rapaces d’Europe diurnes et nocturnes. Delachaux & Niestlé SA, Lausanne (Suisse). 446 p.

ISENMANN, P. (1993).- Oiseaux de Camargue. Ed. SEO, Paris, 158 p.

KOIVUSAARI, J., NUUJA, I., PALOKANGAS, R. & FINNLUND, M. (1980).- Relationships between productivity, eggshell thickness and pollutant contents in addled eggs in the population of White-Tailed Eagles Haliaeetus albicilla L. in Finland during 1969-1978. Environnemental Pollution (Ser. A) 23 : 41-52.

MACIOROWSKI, G., MEYBURG, B.-U., MATTHES, J. & MIZERA, T. (1996).- Breeding biology of the Greater Spotted Eagle (Aquila clanga) in Poland. 2nd Intern. Conference on Raptors : 35-36.

MEYBURG, B.U., HARASZTHY, L., STRADZS, M. & SCHÄFFER, N. (2001).- European Species Action Plan for Greater Spotted Eagle (Aquila clanga) In : SCHÄFFER, N. & U. GALLO-ORSI. European Union action plans for eight priority bird species. Luxembourg: Office for Official Publications of the European Communities : 1-16.

ROCAMORA, G. & YEATMAN-BERTHELOT, D. (1999).- Oiseaux menacés et à surveiller en France. Listes rouges et recherche de priorités. Populations. Tendances. Menaces. Conservation. Société d’Etudes Ornithologiques de France/Ligue pour la Protection des Oiseaux. Paris. 560 p.

TUCKER, G.M. & HEATH, M.F. (1994).- Birds in Europe: Their conservation status. BirdLife International, Conservation series n° 3. Cambridge, UK. 600 p.

Source : Cahiers d'Habitats Oiseaux

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