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Faucon émerillon (Falco columbarius)
Fig. 1 - Peter Meininger (Saxifraga)
Fig. 1

Faucon émerillon, Falco columbarius (Linné, 1758)

Classification (Ordre, Famille) : Falconiformes, Falconidés

Description de l’espèce

C’est le plus petit des faucons européens ; le mâle n’est guère plus gros qu’une Grive draine, il a le dos gris ardoisé, finement strié de noir, et le dessous crème-orangé, également strié. Queue grise, barrée de noire, calotte grise et fine moustache noire.

La femelle, un peu plus grosse, a le dos brun sombre finement strié. Les parties inférieures sont crèmes avec des stries marquées. Queue noire, barrée de blanc, calotte brune.

Les jeunes sont difficiles à distinguer des femelles. La coloration brune est un peu plus chaude à cet âge. Le vol de l’oiseau est très vif, souvent au ras du sol, alternant battements rapides et saccadés avec de courts planés.

L’espèce est polytypique.

La mue post-nuptiale est complète, démarrant un peu plus tôt chez la femelle que chez le mâle. Elle se déroule de juin à septembre (parfois jusqu’à novembre). Le jeune fait une mue post-juvénile partielle, entre février et mai, qui ne touche que les plumes du corps et une (ou plusieurs) rectrices. Le déroulé des mues suivantes suit celui des adultes (Cramp et al., 1998).

Comme la plupart des faucons, l’émerillon ne brille pas par son répertoire vocal. Il est d’ordinaire silencieux, sauf auprès du nid où il pousse des cris aigus et brefs, allant en s’accélérant (Tous les oiseaux d’Europe, Jean-Claude Roché, CD n° 1, plage n° 93).

Longueur totale du corps : 26 à 33 cm. Poids : 125 à 300g (les femelles étant plus lourdes que les mâles).

Difficultés d’identification (similitudes)

Peu de risque de confusion. Le Faucon crécerelle F. tinnunculus est globalement plus pâle, plus grand, avec les ailes plus rondes. Le Faucon pèlerin F. peregrinus, de même couleur que le mâle dessus, est nettement plus fort, avec les ailes plus larges. Le Faucon hobereau F. subbuteo enfin, également plus grand, a les ailes et la queue plus longues et la silhouette moins ramassée.

Répartition géographique

Il existe 9 sous-espèces de Faucon émerillon distribuées en Amérique du Nord et en Eurasie, sur le Vieux Continent, l’espèce se reproduit de l’Islande et des îles Britanniques jusqu’à la Sibérie orientale, en passant par la Scandinavie et le nord de la Russie (Del Hoyo et al., 1994). Deux sous-espèces (pallidus et lymani) habitent les steppes d’Asie centrale jusqu’à la Mongolie et le nord-ouest de la Chine. La sous-espèce nominale se trouve en Amérique du Nord, à l’exception de la côte pacifique et des Grandes Plaines du Middle-West.

En France, c’est principalement la sous-espèce aesalon – originaire du nord de l’Eurasie, des îles Féroé à la Sibérie centrale – qui s’observe en période internuptiale. On peut rencontrer alors ce faucon à peu près partout, mais il est plus fréquent dans les deux tiers nord de la France. Il est plus rare dans le Sud-Ouest (mais présent jusqu’au pied des Pyrénées), de la Franche-Comté au littoral niçois, au sud du Massif central et en Corse (DUBOIS et al., 2000).

Il est probable, par ailleurs, au vu des mensurations d’oiseaux capturés au 19ème siècle dans la Vienne, la Vendée et la Loire-Atlantique, que la sous-espèce subaesalon soit également présente en France en hiver (DUBOIS et al., op. cit.). Une reprise dans les Landes (Cramp et al., 1998) concerne un individu de la sous-espèce originaire d’Islande.

Ecologie

En hiver, le Faucon émerillon fréquente les milieux ouverts – plaines agricoles, landes, polders, friches, grandes baies, bords des étangs et dunes. En période de reproduction, il est inféodé à la toundra comme à la taïga dans ses bastions les plus septentrionaux, parfois à la périphérie des villes (Amérique du Nord) et aux steppes et aux prairies en Asie centrale.

Comportement

En Europe, l’espèce est principalement migratrice (sauf, en partie, dans l’extrême ouest : Ecosse, Irlande, sud Islande). Elle quitte ses lieux de reproduction du nord du Continent dès le mois d’août ; le passage se déroule en septembre dans le sud de la Scandinavie. C’est à cette époque qu’arrivent les premiers oiseaux en France (parfois dès le mois d’août). Le maximum du passage automnal se situe en octobre, avec une prolongation de cette migration en novembre (des oiseaux atteignent l’Afrique du Nord). Passé ce mois, les arrivées semblent alors tributaires de vagues de froid qui sévissent dans le nord de l’Europe.

L’espèce est solitaire en migration, mais en hiver, de petits dortoirs se forment, comptant parfois jusqu’à 15 ou 20 individus (notamment dans l’ouest de la France).

Dès février, les oiseaux remontent vers les sites de reproduction situés dans le nord de l’Europe. En France, le passage se poursuit largement en mars et en avril, jusqu’à la première décade de mai dans le nord du pays (parfois même plus tard). Les oiseaux arrivent sur les sites de reproduction au cours du mois de mai.

Reproduction et dynamique des populations

Les couples, monogames, sont unis au moins pour la saison de nidification, peut-être plus longtemps. Les mâles montrent une plus grande fidélité au site de reproduction que les femelles.

L’espèce niche souvent à terre ; le nid étant, caché dans une touffe d’arbustes ou de bruyère ; mais également dans un ancien nid de corvidé ou sur une falaise.

A terre, le nid est une simple excavation, garnie de débris végétaux, de branchettes ; il est élaboré par la femelle. Celle-ci dépose 3 à 5 œufs et ne fait qu’une seule ponte (sauf si destruction, une ponte de remplacement peut avoir lieu).

Les œufs sont incubés pendant environ un mois par les deux sexes, les deux tiers étant assurés par la femelle. A l’éclosion, c’est la femelle qui protège et qui nourrit les jeunes (nidicoles), tandis que le mâle chasse et rapporte les proies.

L’envol se produit vers le 25-27ème jour après la naissance, rarement au-delà. Les jeunes restent nourris un mois après leur envol (Cramp et al., 1998).

Le succès reproducteur est fortement lié à la disponibilité des proies dont les populations fluctuent considérablement sous les hautes latitudes. Ainsi, les années où les campagnols sont très abondants, le succès reproducteur atteint 76 %. Il tombe à 38 % les années à faible population de campagnols.

Il apparaît aussi que l’emplacement du nid influe sensiblement sur le succès reproducteur, les nids situés dans les arbres étant plus productifs (succès de reproductions = 94% en moyenne) que ceux construits à même le sol (69%) (Newtonet al, 1978. In Cramp et al., op. cit.).

La première reproduction a lieu à l’âge d’un an.

La longévité maximale observée est d’environ 12 ans (STAAV, 1998).

Régime alimentaire

Le Faucon émerillon se nourrit surtout de petits oiseaux, mais également de mammifères (chauves-souris, rongeurs, insectivores) et d’insectes (libellules, orthoptères). Il chasse d’un perchoir ou au cours de poursuites, parfois très spectaculaires.

Habitats de l’Annexe I de la Directive Habitats susceptibles d’être concernés

1130 – Estuaires (Cor. 13.2 et 11.2)

1150 *- Lagunes côtières (Cor. 21)

1160 - Grandes criques et baies peu profondes (Cor. 12)

1230 - Falaises avec végétation des côtes atlantiques et baltiques (Cor. 18.21)

1310 - Végétations pionnières à Salicornia et autres espèces annuelles des zones boueuses et sableuses (Cor. 15.1)

1320 - Prés à Spartina (Spartinion maritimae) (Cor. 15.2)

1330 - Prés salés atlantiques (Glauro-Puccinellietalia maritimae) (Cor. 15.3)

2140 *- Dunes fixées décalcifiées à Empetrum nigrum (Cor. 16.23)

2150 *- Dunes fixées décalcifiées atlantiques (Caluno-Ulicetea) (Cor. 16.24)

2180 - Dunes boisées des régions atlantique, continentale et boréale (Cor. 16.29)

2190 - Dépressions humides intradunales (Cor. 16.31 à 16.35)

2210 - Dunes fixées du littoral du Crucianellion maritimae (Cor. 16.223)

2250 *- Dunes littorales à Juniperus spp. (Cor. 16.27)

2260 - Dunes à végétation sclérophylle du Cisto-Lavenduletalia (Cor. 16.28)

4010 - Landes humides atlantiques septentrionales à Erica tetralix (Cor. 31.11)

4020 - Landes humides atlantiques tempérées à Erica ciliaris et Erica tetralix (Cor. 31.12)

4030 - Landes sèches européennes (Cor. 31.2)

4040 - Landes sèches atlantiques littorales à Erica vagans (Cor. 31.234 et 31.237)

6210 - Pelouses sèches semi-naturelles et faciès d'embuissonnement sur calcaires (Festuco-Brometalia) (*sites d'orchidées remarquables) (Cor. 24.52)

6440 - Prairies alluviales inondables du Cnidion dubii (Cor. 37.23)

7110 *- Tourbières hautes actives (Cor. 51.2)

7120 - Tourbières hautes dégradées encore susceptibles de régénération naturelle (Cor. 51.2)

91D0 *- Tourbières boisées (Cor. 44.A1 – 44.A4)

Statut juridique de l’espèce

Le Faucon émerillon est une espèce protégée (Arrêté du 17 avril 1981, modifié le 25 juillet 1999), inscrite à l’Annexe I de la Directive Oiseaux, à l’Annexe II de la Convention de Berne, à l’Annexe II de la Convention de Bonn et à l’Annexe II de la Convention de Washington, de même qu’à l’Annexe C1 du règlement CEE/CITES.

Présence de l’espèce dans les espaces protégés

La répartition du Faucon émerillon en France est trop aléatoire pour que soit mise en évidence une quelconque relation avec des espaces protégés. L’espèce peut fréquenter, ici ou là, des milieux bénéficiant d’une protection particulière, mais sans propension marquée pour ce genre de site. C’est le cas notamment de quelques ZPS comme le cap Gris-Nez (Pas-de-Calais), l’estuaire et l’embouchure de la Seine (Seine-Maritime), la baie du Mont-Saint-Michel (Manche), les marais de la baie d’Audierne (Finistère), ou, plus au sud, la baie de l’Aiguillon et le marais Poitevin (Vendée), les marais de Rochefort et de Brouage (Charente-Maritime).

Etat des populations et tendances d’évolution des effectifs

En Europe, le statut de l’espèce est considéré comme favorable (BirdLife International, 2004). L’effectif nicheur est compris entre 31 000 et 49 000 couples et semble stable. La Russie héberge à elle seule probablement 20 000 à 30 000 couples. Viennent ensuite la Norvège (2 500 à 6 500 couples), la Suède (4 200 à 5 700), la Finlande (2 000 à 3 000), l’Islande (1 000 à 2 000) et la Grande-Bretagne (1 300 couples).

Aucune information particulière n’est disponible sur l’évolution du statut en France où il est considéré comme vulnérable en raison de sa rareté présumée (Rocamora & Yeatman-Berthelot, 1999). Ses effectifs hivernants sont peu connus, sans doute de l'ordre de quelques milliers d’individus.

Sur le site migratoire de la montagne de la Serre, dans le Puy-de-Dôme, les observateurs ont noté une diminution significative du nombre de migrateurs au cours de la période 1986-2002 (EYMARD & FRÉNOUX, 2003). Cela pourrait-il être révélateur d’une diminution d’effectifs en France, à la suite d’hivers globalement moins rigoureux dans le nord de l’Europe ?

Menaces potentielles

Les menaces potentielles pour cette espèce restent mal identifiées en France. Hormis l’emploi de pesticides, toujours nocifs pour les espèces carnivores et des tirs occasionnels en période de chasse, en particulier dans le Sud-Ouest en période de migration (URCUN in ROCAMORA & YEATMAN-BERTHELOT, 1999), les autres facteurs de risque ne sont pas connus.

Propositions de gestion

Une approche globale du maintien de la diversité des paysages agricoles (polyculture-élevage, bocage), accompagnée d’une réduction de l’usage des pesticides devrait permettre au Faucon émerillon, autant qu’au cortège des espèces présentes dans les espaces cultivés, de se maintenir en hivernage. Ces mesures générales favorisent le maintien de la diversité de ses proies, notamment la présence de nombreux passereaux dans les prairies et les cultures.

Etudes et recherches à développer

Rien n’est actuellement connu sur ces exigences écologiques en France, au cours de sa période internuptiale. On ne sait quel est l’impact réel des prélèvements « incidents » dans le Sud-Ouest. Il serait également nécessaire d’instaurer en France un comptage hivernal selon un protocole standardisé afin de connaître pour cette espèce et tous les hivernants l’évolution des effectifs sur une série temporelle longue. Cela permettrait également de mieux connaître l’impact du changement climatique en cours sur l’effectif hivernant et migrateur français ainsi que sur sa distribution.

Bibliographie

BirdLife International. (2004).- Birds in Europe: population estimates, trends and conservation status. BirdLife International, Conservation Series No. 12. Cambridge, UK, 374 p.

CRAMP, S. L., SIMMONS, K. E. L., Snow, D. W. & Perrins, C. M. (1998).- The Complete Birds of the Western Palearctic on CD-ROM.Version 1.0 for PC, 1998. Oxford University Press. London, UK.

DEL HOYO, J., ELLIOTT, A. & SARGATAL, J. Eds. (1994).- Handbook of the birds of the world. Vol. 2 New World Vultures to Guineafowl. ICBP. Lynx Edicions, Barcelona, 640 p.

DUBOIS, P.J., LE MARECHAL, P., OLIOSO, G. & YESOU, P. (2000).- Inventaire des Oiseaux de France. Nathan/HER, Paris, France. 397 p.

EYMARD, Ch. & FRÉNOUX, J.-M. (2003).- La migration post-nuptiale à la montagne de la Serre (63) : bilan de la saison 2002 et retour sur 17 années d’étude. Grand-Duc, 62 : 20-38.

Rocamora, G. & Yeatman-Berthelot, D.(1999).- Oiseaux menacés et à surveiller en France. Liste rouge et recherche de priorités. Populations. Tendances. Conservation. Société d’Etudes Ornithologiques de France & Ligue pour la Protection des Oiseaux, Paris, 560 p.

STAAV, R. (1998).- Longevity of birds ringed in Europe. Euring Newsletter, 2 : 9-18.

Source: rédacteur Philippe J. Dubois (LPO), Cahiers de l'habitat Oiseaux

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